FORMATION PROFESSIONNELLE

La Réduction des Risques

Éduquer aux risques pour réduire les soins ?

Les usages, les modes de consommations, les produits ainsi que le profil des consommateurs actuels ont tendance à modifier le quotidien des personnels des centres de soins spécialisés tels que les CSAPA. Depuis quelques années, les intervenants en addictologie se trouvent dans l’obligation de s’adapter face à de nouveaux types de consommateurs, de plus en plus enclins à l’expérimentation de nouveaux produits (NPS) ou usant de produits historiquement réservés à des publics plus avertis et plus en marge de nos cercles proches. Ces consommateurs « contemporains » affichent néanmoins un manque certain de connaissances liées à la rencontre, l’initiation et aux risques unis à la découverte de ces pratiques. En complément des conséquences historiques telles que l’existence du déni, le manque d’éducation à la consommation des substances, de leur gestion, risques et dangers, ainsi que d’un système de prise en charge souvent à « Haut Seuil d’exigences », nombreuses sont les personnes qui s’excluent d’un possible « prendre soin ». Ce nouveau type d’usagers augmentent de facto les risques de comorbidités face à un manque ou une difficulté d’accéder à l’information liée à ces substances psychoactives. L’information est pourtant existante et largement accessible via les réseaux sociaux, les tchats spécialisés ou Internet tout simplement. Là où l’information perd de sa matière, c’est par la difficulté de rencontrer ces usagers, de créer du lien social afin de les accompagner vers des consommations à moindre risque dans l’attente d’une prise en charge individuelle et adaptée.

 

La réduction des risques au service du prendre soin de l’autre

Face à ce constat, protéger les consommateurs actifs de substances de leurs prises de risques devient une nouvelle mission des structures spécialisées en addictologie. L’accompagnement à la consommation, l’information liée aux produits, aux modes et aux cadres de consommation deviennent des priorités en direction d’usagers dont l’objectif quotidien n’est pas de s’inscrire dans le soin mais de rester des consommateurs récréatifs, des usagers à risques flirtant ou s’inscrivant dans la dépendance. Ces questions ont toujours été plus ou moins abordées dans les prises en charge relevant du soin. À ce jour, elles s’inscrivent de manière autonome dans une mission en amont du soin (la Réduction des Risques) ou en complément de celui-ci (la Réduction des Risques et des Dommages).

 

Reconnaissance de la RdR

La Réduction des Risques n’est pas une idée nouvelle mais sa récente reconnaissance juridique en France (1995) vient développer les missions des intervenants en addictologie tout en ouvrant les centres de soins vers l’extérieur et en les inscrivant dans de nouveaux modes d’accompagnements voire de « prise en charge ». Ce fut par exemple, la reconnaissance et l’émergence des dispositifs fixes et mobiles de types CAARUD (Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) grâce à la loi de Santé Publique de 2004.

 

Éduquer, former pour réduire les risques

L’objectif n’est plus de faire en sorte que l’usager vienne vers le centre mais bien que le dispositif de « prendre soin » aille vers les usagers afin de réduire les risques intrinsèques aux usages de substances (prévention de l’overdose, des abcès, réutilisation du matériel…) et à leurs risques associés (VIH, hépatites, précarité du lien social, errance, délinquance…).

Par définition, la Réduction des Risques liés aux usages de drogues est un ensemble de stratégies visant à limiter les risques sanitaires et sociaux pour l’ensemble des usages et usagers de substances. Celle-ci s’adresse autant aux simples consommateurs récréatifs de la sphère privée et des milieux festifs qu’aux usagers inscrits dans des comportements à risques ou de dépendance. Il s’agit donc d’informer pour limiter les risques et d’accompagner les consommateurs dans l’objectif de les aider à éviter les consommations abusives ainsi que les pratiques à haut risque telles que les consommations par voies intraveineuse ou nasale, responsables des dangers collatéraux tels que les risques infectieux, les abcès, le surdosage, les septicémies, les risques liés à la sexualité…

 

La RdR au service de la communauté

La Réduction des Risques a aussi pour objectif d’être le premier ou le dernier maillon du lien social entre les usagers et les structures partenaires afin de faciliter l’accès au droit commun. Le but étant aussi de limiter les conséquences sociales liées aux usages, telles que l’errance, l’isolement, les ruptures affectives, professionnelles ou familiales.

D’un point de vue historique, la Réduction des Risques a émergé du milieu festif, principalement celui des musiques électroniques, grâce à des associations telles que Médecins du Monde, Techno +, A.S.U.D,…

L’objectif de ces précurseurs a toujours été d’informer sur les produits et les risques associés en accueillant les usagers, en informant par la distribution de « flyers » et en accompagnant les consommations par la distribution de matériels stériles (kits d’injection, kits de sniff…). En parallèle, ces associations mettaient à disposition des préservatifs et de l’information spécifique autour des risques liés aux pratiques sexuelles. Comme le rappelle l’association loi 1901 « Techno + » : « S’INFORMER NE NUIT PAS À LA SANTÉ » et « L’INFORMATION OBJECTIVE SUR LES RISQUES LIÉS AUX PRATIQUES FESTIVES ET LES MOYENS DE RÉDUIRE CES RISQUES PERMET À CHACUN D’ADOPTER UNE ATTITUDE RESPONSABLE DANS SES CHOIX DE VIE ».

Alors que la Réduction Des Risques a longtemps été décriée, elle profite pourtant à l’ensemble de la population. Certes aux usagers eux-mêmes ainsi qu’aux « soignants », en leur donnant la possibilité de rentrer plus tard dans une dynamique de soin tout en limitant les pathologies associées (VIH, Sida, Hépatites, problèmes dentaires, respiratoires…), mais aussi en direction de la population générale en luttant de manière plus efficiente contre les incivilités, les seringues errantes ou les idées fausses et stéréotypées sur les drogues et les usagers… L’éducation à la consommation par la Réduction des Risques donne la possibilité aux consommateurs de devenir ou de rester des personnes respectueuses de leurs pairs (non-partage des seringues ou des pailles, …) mais aussi du reste de la population (rapports sexuels protégés, respect de l’environnement par le retour du matériel utilisé, créer du lien et casser la marginalisation …). C’est pourquoi la Réduction des Risques apparaît comme une approche pragmatique et soucieuse de la dignité des personnes, qu’elles soient consommatrices ou simples citoyens.

 

 

La Réduction de TOUS les Risques

Dès qu’il est question de consommation de produits licites ou non, cette question de la Réduction des Risques prend une toute autre forme. Face à la morale, aux règles édictées par la famille, la loi, il peut être difficile de conceptualiser le fait de pouvoir ou devoir accompagner une consommation de plaisir artificiel à risque.

La Réduction des Risques devrait donc être proposée et s’intégrer à toutes les formes et à tous les niveaux de consommation, quelle que soit la substance et quel que soit l’âge du consommateur. Culturellement, nous sommes encore dans un système du savoir « bien boire » mais nous rencontrons encore beaucoup de difficulté légales et morales au bien-être éducatif dès que nous sortons de ces prérequis, dès que nous abordons les risques liés aux substances illégales ou à certaines pratiques sexuelles perçues comme inappropriées telles que le « Chemsex » ou le « Slam » (deux pratiques où s’entremêlent sexualité et consommation de substances). La politique de Réduction des Risques nécessite un questionnement récurrent, éthique et moral sur l’ensemble de nos valeurs humaines face à des situations personnelles complexes. Elle n’est en aucun cas une solution de facilité, ni pour les usagers, ni pour les professionnels et bénévoles travaillant au sein de ces missions.

 

La réduction du risque, la valorisation de Soi

La Réduction des Risques permet donc aux consommateurs d’évaluer plus en amont les dangers avec lesquels ils partagent leur quotidien. C’est le propre de ce que l’on pourrait qualifier « d’approche expérientielle ». C’est à dire d’être en capacité de communiquer bilatéralement du « pourquoi » ces prises de risques sont recherchées, pourquoi elles ont toute leur légitimité, ainsi que du « comment » elles doivent être gérées, accompagnées jusqu’au désir de diminution ou d’arrêt.

La Réduction des Risques est aussi, bien évidemment, proposée à l’ensemble des consommateurs qui sont déjà soumis à des prises de risques plus extrêmes. C’est dans ces contextes qu’il existe une mise à disposition gratuite de matériels stériles de consommation, d’ateliers visant à « éduquer » le consommateur aux bonnes pratiques liés à l’injection par exemple, ou le développement des salles de consommation à moindre risque (SCMR) en ce qui concerne les projets les plus récents sur le territoire national.

Tout comme dans l’accompagnement individuel vers et dans le soin, ces dispositifs ont un sens, des valeurs et des objectifs qui ne relèvent aucunement du prosélytisme ou du maintien dans la consommation, mais qui doivent permettre, tant à l’usager, aux professionnels qu’aux citoyens, d’intégrer le même « espace-temps », afin d’adapter nos compétences professionnelles et humaines aux besoins et attentes de l’individu. La Réduction des Risques est donc complémentaire aux autres mesures de santé publique existantes pour faire face aux problèmes de société liés aux drogues. Tout simplement car elle ne doit pas poser de jugement moral ni ne cautionner certains comportements pouvant porter atteinte à autrui.

Dans un premier temps, l’objectif n’est pas de faire sortir de l’addiction ou de viser l’arrêt partiel des consommations. Mais bien une mission dont le résultat s’ambitionne à Réduire les Risques sous toutes ces formes (physiques, psychiques et sociales), et ce, tant que l’usager n’aura pas lui-même pris la décision de revoir sa relation aux risques et aux substances, à son entourage, à la loi, à un projet de vie, de soin, qui lui laisse transparaitre de nouvelles envies. C’est la quête d’un nouveau plaisir qui ne relèverait plus du « remplissage » artificiel dans lequel il s’est inscrit depuis longtemps. Prendre soin de soi grâce à une meilleure gestion des consommations, devient alors la première étape vers cette nouvelle « équation de vie » qui est l’objectif ultime de l’entrée dans le soin, finalité d’un nouveau projet de vie où le plaisir sort de la servitude pour recouvrer la liberté d’être soi avec soi-même et les autres.

En résumé : 

En d’autres termes, la Réduction des Risques n’est autre qu’une prise de position citoyenne, juridique et professionnelle, qui s’inscrit dans une politique de santé publique dont les objectifs pourraient se résumer, selon l’Association Genevoise « Première Ligne », à :

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